Sortir de la Routine

This is a translation of “Getting off the Treadmill” by Kevin Greenstein

Au cours des prochains jours, on s’attend à ce que l’Association des Joueurs de la LNH annonce que Paul Kelly, un avocat de Boston, sera son quatrième directeur exécutif en 40 ans. On croit que le comité de sélection de l’association a choisi Kelly à l’unanimité, et qu’ils ont officiellement recommandé son embauche dans un appel-conférence avec les joueurs lundi.

Kelly, un ancien procureur-adjoint américain, avait essayé de faire extrader vers les Etats-Unis le fondateur de l’AJLNH, Alan Eagleson, pour y répondre d’accusations de fraudes et de détournements de fonds vers la fin des années 1990. Eagleson accepta plus tard de plaider coupable et passa un accord suivant lequel il dut payer une amende aux Etats-Unis et servir 18 mois de prison dans un établissement canadien. Ayant produit cet immense effort, il ne fait aucun doute que Kelly comprend mieux que personne les rouages particuliers de l’AJLNH et son histoire de corruption et de confrontations.

« [Kelly] est un très bon choix pour les joueurs, leurs familles, et pour le jeu et les partisans, » a déclaré Russ Conway, un journaliste de hockey membre du Temple de la Renommée, et lui même un des acteurs importants de la chute d’Eagleson. « Parce qu’il est capable d’obtenir des résultats autrement que par des batailles et des guerres. Il a la capacité de faire écouter différents points de vue aux gens … . Il n’est pas belliciste. »

L’embauche de Kelly arrive à un moment crucial pour la LNH et ses joueurs. Même si on a dressé un bilan très optimiste en ce qui concerne l’augmentation rapide des revenus à l’échelle de la ligue, il existe quelques problèmes très sérieux auxquels il devra immédiatement s’attaquer.

Il y a deux semaines, les Red Wings de Detroit ont joué leur match d’ouverture au Joe Louis Arena devant des rangées de sièges vides. Detroit était depuis des années le point d’appui le plus solide de la LNH aux Etats-Unis. Les sièges vides à « Hockeytown » sont un signe clair que la LNH est peut-être plus en difficulté que jamais.

Cela dit, de nombreux observateurs remarquent avec raison que les Wings font face à plus de concurrence auprès des amateurs de sport de la région avec les récents succès des Lions, des Tigers et des Pistons. Et bien sûr, les difficultés de l’industrie automobile réduisent substantiellement les revenus disponibles des partisans de la région. Mais il y a une autre raison possible derrière la baisse des ventes de billets, et elle pourrait avoir des répercussions très négatives à travers la ligue.

A cause du mode de fonctionnement de la convention de travail, la plupart des propriétaires de la LNH n’ont aucun autre choix que d’augmenter le prix des billets et/ou de les maintenir à un niveau inaccessible pour de nombreux loyaux partisans.

Les joueurs ont maintenant la garantie de récolter environ 55% des revenus de la ligue. En théorie, cela apporte aux propriétaires la « certitude des couts ». Mais en réalité, la seule chose que cela garantit est que les partisans continueront d’être pressés comme des citrons. Environ 93% des revenus de la LNH sont générés localement, c’est-à-dire par la vente des billets et les chaines de télévisions régionales. La LNH est sans aucun doute une affaire financée par la vente des billets. Seulement 3% des revenus de la ligue sont apportés par son contrat de télévision nationale avec Versus, et cette somme de 70 millions $ ne peut croitre à cause de ce qui est déjà ramassé par la NFL, la MLB, la NBA et la NASCAR.

Donc, aussi longtemps que les autres couts couverts par les 45% restants des revenus de la ligue continueront d’augmenter, et l’inflation fait que ce sera le cas, il n’y a qu’une seule façon pour les propriétaires de maintenir leurs profits, sans même parler de les augmenter : augmenter le prix des billets. Donc si une augmentation de 10% du prix des billets ne provoque qu’une baisse de 5% des affluences, on pourrait dire que cette augmentation est une saine manœuvre financière. Compte tenu de tout cela, attendez vous à ce que les propriétaires continuent d’augmenter le prix des billets jusqu’au point où la diminution des affluences surpasse le bénéfice apporté par les prix de vente.

Avant le lock-out de 2004-05, l’ancien directeur de la SEC Arthur Levitt fit la célèbre remarque que la LNH était dans une « routine vers l’obscurité ». Mais certains problèmes des plus cruciaux sont bien pires aujourd’hui qu’ils l’étaient à l’époque. Avant le lock-out, les propriétaires avaient vraiment la possibilité de payer les joueurs moins que 55% de leurs revenus. Aujourd’hui, le plancher salarial oblige des équipes comme les Predators de Nashville ou les Coyotes de Phoenix à payer les joueurs plus cher qu’ils ne peuvent se le permettre.

Il est possible que des profits et des revenus à court-terme puissent être générés par la hausse du prix des places. Mais sur la durée, il y a plus de chances que ça soit un désastre. Rien n’attire plus les audiences télévisées que les évènements à guichets fermés, et quand le partisan occasionnel regarde et voit les meilleures places être vide, il reçoit le message clair que le hockey n’est pas un programme à ne pas rater.

A Nashville, le projet de rachat de l’équipe par un groupe d’investisseurs locaux semble prendre l’eau, et l’homme d’affaires canadien Jim Balsillie émerge de nouveau comme le candidat le plus probable à la reprise de l’équipe. Balsillie a été très clair dans ses intentions de déplacer les Predators au Canada, allant même jusqu’à vendre des options sur les billets sur Ticketmaster.ca. Sa plus récente offre pour l’équipe inclue une pénalité plus élevée pour briser le bail et déplacer l’équipe, mais c’est peut-être une autre indication d’à quel point il pense que les affaires seront lucratives quand l’équipe sera à Hamilton.

Pour compliquer les choses, les récents contrats accordés aux joueurs vedettes comme Daniel Brière, Scott Gomez et Thomas Vanek prévoient que la plus grande partie de l’argent doit être versée durant les première années du contrat. Les trois joueurs gagneront 10 millions $ cette saison, alors que leur salaire tel que considéré par le plafond salarial est bien plus bas (la valeur totale du contrat divisé par le nombre d’années).

Le résultat sera l’apparition d’un second marché dans quelques années, où les vétérans en perte de vitesse seront convoités par les équipes des petits marchés. Acquérir des joueurs comme Brière, Gomez et Vanek vers la fin de leur contrats respectifs amènera leurs nouvelles équipes près du plancher salarial sans couter très cher en vrais dollars. Mais de telles manœuvres n’aideront pas beaucoup ces équipes à être compétitives sur la glace.

Quand les équipes situées dans les gros marchés l’auront compris – et tout indique que c’est déjà le cas – la différence de talent entre les équipes situées dans les gros et les petits marchés sera plus grande que jamais. La réponse se trouve sans aucun doute dans un partenariat entre les propriétaires et les joueurs, et sur la capacité des deux camps à coopérer pour faire augmenter les revenus globaux de la ligue. Ainsi, la structure économique de la LNH commencera à devenir équivalente à celles de la NFL et de la NBA, où les équipes des petits marchés ont une chance bien plus grande de se battre pour les championnats.

Les récentes initiatives lancées avec Apple et YouTube sont des avancées très positives. La LNH est en train de surprendre en mettant son contenu disponible pour les partisans dans une grande variété de formats et d’options, une grande différence avec le refus catégorique de la NFL d’en faire autant.

S’ils continuent d’anticiper en ce qui concerne la mise en ligne du contenu – et si Kelly parvient à construire une relation plus coopérative entre les joueurs et les propriétaires – attendez vous à ce que la LNH sorte de sa routine et commence à gagner du terrain sur ses plus retardataires rivaux.

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