La Puissance Permanente

Alors que la saison 2007-08 de la LNH n’a commencé que depuis un mois, les Red Wings de Detroit sont déjà en tête de la Division Centrale. Une habitude. Il faut dire qu’ils ont remporté le championnat de leur division sept fois au cours des dix dernières années. Pour la formation de la Ville de l’Automobile, la vraie saison de hockey ne commence qu’au mois d’avril avec les quarts-de-finale de la Conférence de l’Ouest. Savez-vous en quelle année les Red Wings ont été exclus des séries éliminatoires de la Coupe Stanley pour la dernière fois ? C’était en 1990, Guy Lafleur jouait encore et Sidney Crosby n’avait que 2 ans.

On dit souvent que la Ligue Nationale de Hockey est un phénomène cyclique, et que c’est la nature du sport. Grâce au repêchage qui donne la priorité aux équipes les moins fortes, on s’attend à ce qu’une équipe faible accumule les espoirs prometteurs, progresse grâce à eux, atteigne le sommet, puis descende doucement dans les classements pendant que les autres formations bénéficient des plus hauts choix. C’est ce qui se passe souvent. La meilleure démonstration est apportée par le Lightning de Tampa Bay qui est passé de la cave du classement et du repêchage de Vincent Lecavalier en 1998 à la Coupe Stanley en 2004. Les Penguins de Pittsburgh suivent en ce moment le même chemin. En fait, au cours des dix dernières saisons de la LNH, pas moins de 10 équipes ont connu la finale de la Coupe Stanley et l’exclusion des séries éliminatoires : Philadelphie, Washington, Dallas, Buffalo, Colorado, la Caroline, Anaheim, Tampa Bay, Calgary et Edmonton. Pendant tout ce temps, les Red Wings de Detroit se sont qualifiés pour les séries à chaque année, et ont remporté la Coupe Stanley trois fois, en 1997, 1998 et 2002.

Même si la Coupe Stanley est le but ultime de toutes les formations de la LNH, le succès en saison régulière, surtout s’il est régulier, met bien en évidence la qualité d’une organisation. Et Detroit est imbattable à ce chapitre. Au cours des dix dernières saisons, les Red Wings ont accumulé 1081 points, un sommet de la ligue, et ont remporté 7 fois le titre de la Division Centrale. Et ils ont du le faire en étant privés des meilleures positions au repêchage à chaque année, et d’une redistribution des cartes faite pour leur compliquer la tâche.

Nombre de points accumulés en saison régulière de 1996-97 à 2006-07 inclus :

1. Detroit: 1081
2. Dallas: 1052
3. New Jersey: 1041
4. Colorado: 1008
5. Ottawa: 994

Lorsque les propriétaires et la ligue ont mis en application la nouvelle convention de travail en 2005, il est évident que le plafond salarial imposé à toutes les équipes ne visait pas seulement à assurer la certitudes des couts. Il s’agissait aussi de créer une soi-disant parité à l’intérieur de la ligue, c’est-à-dire que les équipes les moins riches seraient à égalité avec les équipes les plus riches, puisque ces dernières n’auraient plus le droit de dépenser leurs excédents de dollars. Et cela a fonctionné dans le cas de l’Avalanche du Colorado, des Flyers de Philadelphie et dans une moindre mesure des Devils du New Jersey. Mais pas dans celui des Red Wings de Detroit.

Stabilité dans l’effectif sur la glace …

L’effectif des Red Wings de Detroit se signale par une remarquable stabilité. Steve Yzerman a passé la totalité de ses 22 saisons avec le club avant de prendre sa retraite de joueur en 2006, et de rejoindre les étages supérieurs à titre de vice-président. Le capitaine Nicklas Lidström est au club depuis 1991, Kris Draper depuis 1993, Kirk Maltby depuis 1996. Brendan Shanahan a quitté pour les Rangers de New York à l’été 2006 mais a passé huit saisons complètes avec les Red Wings, Sergei Fedorov treize saisons. L’organisation des Red Wings n’a pas peur de reconnaitre qu’elle a pu se tromper, et faire revenir à Detroit des joueurs échangés ou laissés partir à titre d’agent libre. Il y a eu Igor Larionov qui avait signé avec les Panthers de la Floride à l’été 2000 et qui était de retour à Hockeytown avant même la fin de la saison, Dominik Hasek qui s’est laissé convaincre deux fois de revenir garder le filet des Red Wings, et également Chris Osgood, qui avait été soumis au ballotage à l’été 2001, qui était parti à Long Island, et qui est revenu à l’été 2005 pour être un (très bon) substitut à Manny Legace puis Hasek.

… et hors de la glace

Les Red Wings de Detroit n’ont connu que trois entraineurs-chef depuis 1993, soit Scotty Bowman, Dave Lewis et Mike Babcock, et l’un d’eux, Bowman, n’a quitté que sur sa propre décision et pour une retraite bien méritée. La promotion interne est la politique de la maison. Lewis a remplacé Bowman comme entraineur-chef en 2002 après lui avoir servi d’adjoint pendant plusieurs saisons et Yzerman a tout naturellement été nommé vice-président de l’équipe dès qu’il a quitté la glace.

Le choix des vétérans

Le DG Ken Holland, en poste depuis 1997, a définitivement choisi de construire son équipe autour des vétérans. C’est ainsi que les Red Wings revendiquent à chaque année l’une des moyennes d’âge les plus élevées de la ligue. Le meilleur exemple est incontestablement l’inusable Chris Chelios, qui aura 46 ans le 25 janvier prochain, mais également Hasek (42 ans), Lidström (37 ans), ou encore Osgood (34 ans), sans oublier Yzerman qui a joué jusqu’à l’âge de 41 ans et qui jouerait surement encore s’il n’avait pas choisi de raccrocher ses patins à la fin de la saison 2005-06. Cela est du au fait que l’équipe se trouve rarement en très bonne position lors du repêchage mais aussi parce que ce sont les franchises en situation d’échec qui décident de rebâtir leur formation par la jeunesse.

Et du développement

Si les Red Wings ne bénéficient jamais des meilleures positions au repêchage, cela ne les empêche pas de faire des miracles. Henrik Zetterberg, qui a marqué 20 points depuis le début de la saison (sommet de la ligue) a été repêché par les Red Wings au 210ème rang total en 2000. Pavel « Pasha » Datsyuk a été repêché au 171ème rang en 1998. Il est aujourd’hui l’autre joueur-clé de la formation, en plus d’avoir gagné le trophée Lady Bing en 2006 et 2007. Ces deux joueurs ne sont pas seulement la preuve du flair exceptionnel du réseau des recruteurs de Detroit en Europe mais aussi de la politique de développement de la formation. Dans ces deux cas, les Red Wings ont préféré laisser les joueurs européens poursuivre leur apprentissage dans leurs championnats respectifs, c’est-à-dire à Timra IK (Suède) pour Zetterberg et AK Bars Kazan (Russie) pour Datsyuk.

Trois Coupes Stanley en dix ans

Les Red Wings ont donc remporté la Coupe Stanley trois fois lors des dix dernières saisons, et ont une chance sérieuse de le faire à chaque année, une performance remarquable. Seuls les Devils du New Jersey présentent une régularité semblable dans le succès. Les Red Wings de Detroit sont-ils une dynastie du hockey ? Ils n’ont gagné que (!) trois Coupes en dix saisons, ce qui les place loin des Canadiens des années 1950 (cinq en cinq ans), des Islanders des années 1980 (quatre en quatre ans) et des Oilers de la fin des années 1980 (cinq en sept ans). Mais le hockey a bien changé et la parité qui règne aujourd’hui dans la ligue, le plafond salarial et l’autonomie des joueurs rendent la comparaison sans intérêt. Il est plus que probable qu’aucune équipe ne s’approchera jamais du statut de dynastie atteint par ces trois formations. Les Red Wings Detroit n’en demeurent pas moins une référence d’excellence dans le hockey moderne.

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